vendredi 11 avril 2008

Le Tibet Libre vu d'O : Ne Mélenchon pas tout...

Suite aux prises de position de Mr Mélenchon sur les événements du Tibet (Voir ici), Mathieu de Castellbon nous livre un point de vue décoloré de la situation.

Si le drapeau tibétain flotte sur la ville d'Oloron, c'est parce que nos consciences sont au coeur d'un combat idéologique sans précédent, un combat médiatico-symbolique au cours duquel on aimerait que ce soit VOUS qui preniez les coups.

A ma droite, les USA, que l'on ne présente plus. Les USA ne seraient pas contre le fait de faire imploser la Chine, idéologiquement parlant comme géostratégiquement. Le sol si riche du Tibet est si tentant également. C'est dès les années 50, en pleine guerre froide, que la brèche tibétaine a été définie. Ainsi la CIA a très largement financé l'accueil des familles "royales" en exil à la fin des années 50. La CIA a plus tard également financé directement un soulèvement militaire au tibet. Hélas, la population n'a pas suivi car nul ne souhaitait le retour des moines parmi la population (tant ils vivaient à l'époque des moines, dans un servage d'une cruauté rare et dans une misère absolue).

A ma gauche, la Chine, 1.3 milliards d'habitants dont 700 millions de paysans. Une Histoire qui sort tout juste du féodalisme (un peu comme si une organisation chinoise était venue manifester en France contre le massacre de la St Barthelemy...)Des peuples formidablement maltraités pendant des siècles et des siècles, par les différentes luttes des dynasties qui se sont succédées, puis par le colonialisme, puis par le communisme, qui est sans doute la réaction politique à l'humiliation du colonialisme. A une différence près: Le régime communiste réussit le miracle d'unifier durablement toutes les provinces de Chine. La Chine veut bien entendu conserver sa province car si elle s'en privait, non seulement elle perdrait une grande partie de son territoire, mais on assisterait rapidement à des tensions avec d'autres provinces.

Au centre, la télé. Juste devant, vous.
Vous êtes collés à l'écran et que voyez vous en plein milieu ? Ménard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières. Organisation financée à la fois par de grands groupes français (médias, armement) mais également par de nombreuses entreprises américaines. Pour la petite histoire, RSF possèderait des parts dans l'entreprise Coca-Cola. Navigue au sein d'associations pro-tibétaines financées par une partie de la droite dure américaine, par des associations proches de la droite cubaine exilée, par quelques sénateurs proches de Bush jr...

Pauvres oloronais... On fait battre le drapeau tibétain comme on fait battre vos coeurs. Au rythme de l'hymne Américain. Question drapeau, il y a 20 ans, Oloron, c'était l'Amérique, mais seuls les plus âgés s'en souviendront. Il est heureux d'apprendre que désormais, derrière ce combat pour un pays qui n'existe pas et pour un gouvernement en exil dont les membres actuels sont nommés par les seuls liens du sang, on se bat pour la droite dure évangéliste américaine et pour la pax américana.

Et si l'image de paradis perdu bouddhiste largement diffusé au cinéma n'était qu'une réécriture de toute pièce de l'histoire ? (Ici)

RSF: une ONG pas tout à fait comme les autres : Voir ici

En espérant que très bientôt à Oloron nous ayions également un rond poind à la gloire des 5000 êtres humains qui chaque jour, perdent la vie en travaillant et des 24000 autres qui, chaque jour, meurent de faim, de soif, ou pour le tort d'avoir bu des eaux croupies. Non, à Oloron, on préfèrera les faucons du Tibet.

2 commentaires:

Mathieu de Castellbon a dit…

Il faut tout de même préciser que ce commentaire était précédé de l'avertissement suivant: "Pardon de mettre les pieds dans le plat." ;p

La précision est utile, car ce texte n'était rien d'autre qu'un simple non-dit mis en musique avec des mots dits.
La simplification, sans doute à outrance, de la situation, est une réponse à celle dont on nous abreuve chaque jour, dans un monde où les images se sont mises à penser pour nous. Et si certaines images pensent, c'est parce qu'elles en pansent d'autres quant à elles moins montrables...

Qui ne voudrait pas que l'ensemble des pays soient gouvernés par des démocraties ?

Personne ne peut enlever à ces citoyens qui s'engagent pour de justes causes, leur liberté de conscience et leur soif de faire avancer les choses. Il n'est pas question d'affirmer qu'il y a des combats qui doivent s'éteindre parce qu'ils sont idéologiquement pilotés. Il n'est pas question de sombrer dans l'angélisme chinois. Il n'est pas question de trouver des excuses là où il n'y en a pas. Mais il n'est pas non plus question de participer malgré nous à des combats géostratégiques extra-Européens, même dissimulés derrière un si joli drapeau.

Notre principale gajeure à nous français, doit s'étendre bien au-delà. C'est celle de réfléchir le monde en hommes et femmes libres. C'est celle de réaffirmer haut et fort la spécificité de notre Histoire, de notre modèle social. C'est celle de dire que nos intérêts ne sont pas forcément immédiatement et automatiquement calqués sur ceux des Etats-Unis, et ce indépendament de l'immense respect que nous devons avoir pour le peuple Américain. Ce même respect que nous nous devons de réserver également au peuple chinois, indépendamment de son modèle politique actuel. Le sport, c'est aussi la fraternité des peuples, il ne faut pas refuser ces instants, même s'ils sont artificiels.
En résumant le problème des droits de l'homme en Chine au seul Tibet, en usant de ce matraquage médiatique à sens unique, on obtient l'effet inverse désiré, car dans leur immense majorité, les 1.4 milliards (1.3Mds en 1999) de chinois sont totalement opposés à l'indépendance du Tibet. Le risque est donc de provoquer des crispations nationaliste, au sein même de la population chinoise et de menacer la paix dans le monde.

A un problème complexe, la CIA, la NED, RSF, Ménard et les autres aimeraient nous faire croire qu'ils proposent une action qui va dans le bon sens. Elle est au contraire largement contre-productive.

Pour faire changer la chine, il faut dialoguer avec elle, il faut l'impliquer, il faut dialoguer.
En pratiquant une symbolique occidentalo-occidentale, le message ne peut pas passer, surtout dans un cadre qui doit, en théorie, laisser place à la fraternité du sport. Est-ce le rôle des sportifs que de régler les problèmes diplomatiques qui pour la plupart, les dépassent ?

Il ne fallait pas donner les jeux aux Chinois. Pour des histoires de gros sous, on l'a fait. Il faut donc que la communauté sportive assume ce choix. Mais il ne faut surtout pas que ces jeux deviennent un piège pour la Chine.

Pour l'instant, c'est notre très cher président qui est piégé. Piégé par le battage médiatique tibétain qui le conduira sûrement, dans une logique de satisfaction des sondages, à aller dans le sens de l'opinion.

C'est l'inverse qu'il faudrait faire. En des temps qui s'annoncent tourmentés, il est urgent de moraliser le commerce international. Et ça passe également par la Chine. (respect des brevets, moralisation, etc) Or dans ce domaine, hélas, ni les USA, ni l'Europe, n'ont de leçon à donner à personne.


Mathieu de Castellbon

NicOlaS a dit…

Et si certaines images pensent, c'est parce qu'elles en pansent d'autres quant à elles moins montrables...

Merci pour tes précisions mathieu,
merci pour ces mots qui oxygènent le débat, et qui enfin mettent les pieds dans le plat comme tu dit...

Et bien voilà qu'on en vient aux faits et aux défaites de la pensée téléguidée, accroché à des images bien travaillées, à des mises en scène qui ressemblent toujours plus à des mises en chaînes, made in chine ou pas, nos cerveaux ne sont plus assez lestes pour sortir de la liste des bien pensants...

Et on en revient encore à cette pas si-simplicité, à cette complexe-cité qui demande un effort de conscience, une gymnastique neuronnale qui nous étire sans cesse du local au global, du pourquoi au comment, de l'officiel à l'off-ici-eux, bref un aentrainement quotidien pour pas se laisser entraîner sur la pente glissante du prêt à (dé)penser...